Le Festival dans les mots de Elisabeth Pion

Rédigé par :

Équipe marketing - Festival de Lanaudière

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Profitant de sa position de plaque tournante internationale de la musique classique au Canada, le Festival de Lanaudière propose depuis 2022 un programme de mentorat qui permet à six jeunes musicien.ne.s classiques canadiens de créer des liens professionnels privilégiés avec des musicien.ne.s internationaux et des partenaires culturels. Découvrez-en plus sur l’expérience de l’une de mentorés de l’édition 2023 : Elisabeth Pion.

 

Artiste curieuse et innovatrice, Élisabeth Pion se distingue comme soliste, chambriste et collaboratrice sur la scène culturelle canadienne et internationale. Elle a fait en 2021 ses débuts en récital solo au Wigmore Hall, ses débuts sur la chaîne BBC Radio 3 en 2019, et a présenté un concert au Weill Recital Hall de Carnegie Hall en 2022.

Élisabeth a obtenu le Artist Diploma et le Artist Masters avec la plus haute mention de la Guildhall School of Music & Drama, où elle a étudié avec Ronan O’Hora. 

 

Elisabeth Pion

Parlez-nous de votre parcours musical, de vos débuts à aujourd’hui. Nous avons envie de comprendre ce qui vous a amené à la musique et à votre instrument.

Ma famille est amoureuse de la musique. Je suis la première qui choisit de prendre le chemin de musicien.ne professionnel.le comme carrière/vocation, mais la musique berce les Pion et les Labossière/Barré depuis des générations. Du côté de mon père, il y avait beaucoup de « violoneux » qui jouaient des reel lors de soirées dansantes – c’est dans cette ambiance que mon père a grandi. Du côté de ma mère, elle a suivi dix ans de piano classique, et sa famille a toujours été avide d’aller écouter des concerts, c’est une famille fervente de culture sous toutes ses formes. Du plus loin que je me souvienne, il y a toujours eu de la musique à la maison. Jazz, disco, funk, pop, classique, blues, rock… Le premier amour est donc pour la bonne musique, pour sa qualité, peu importe le langage choisi.  Il y avait aussi un piano droit à la maison quand j’étais petite: ma mère m’a donc donné mes premières leçons de piano, et puis à cinq ans j’ai commencé mes cours avec Francine Lacroix à Beloeil. Puis avec mes frères et ma sœur, nous avons formé le Quatuor Pion – j’avais sept ans je crois.

 

J’ai toujours voulu jouer du piano : les autres instruments ne m’intéressaient pas vraiment. J’en ai essayé d’autres, mais le piano est vraiment mon « partenaire » principal. Il y a un « fit ». J’aime le côté ergonomique de cet instrument, on peut être assis tranquillement et travailler sans que la corne de doigts soit un prérequis 🤪 depuis un an par contre, il y a une petite entorse à mon amour exclusif: une petite harpe celtique à 12 cordes que je joue à temps perdu.

 

Mon choix de devenir musicienne s’est fait graduellement, par élimination. Comme j’avais beaucoup d’intérêts, je voulais tout essayer, voir ce qui résonnait en moi. J’avais presque 19 ans quand j’ai décidé de dédier ma vie à la musique. Je continue de chérir nombre d’intérêts qui auraient pu devenir d’éventuelles professions, mais qui en mon sens sont contenus dans une vie musicale (littérature, philosophie, psychologie, mathématiques, esthétique, santé, compréhension du corps, etc.). Au niveau de mon parcours scolaire, j’ai étudié à Montréal avec Suzanne Goyette & André Laplante puis, il y a cinq ans, je suis partie étudier à la Guildhall School of Music & Drama à Londres avec Ronan O’Hora, où j’ai complété le Artist Masters, puis le Artist Diploma, et finalement le Junior Fellowship. Je suis à présent totalement « free-lance » depuis juillet dernier.

 

Le programme de cet été vous a permis de rencontrer plusieurs acteurs internationaux du milieu culturel. Qu’est-ce que vous retenez de ces rencontres ? 

Elles ont été enrichissantes à plusieurs niveaux. Je crois que ce qui m’a fait du bien, c’est de sentir ce constat au fil des jours se déposer en moi: il y a beaucoup de manières de vivre une vie en musique. Il est intéressant d’être confronté à des parcours de vie aussi différents, des approches aussi opposées, mais qui ont toutes en commun une chose: la qualité et la rigueur du travail artistique (craftsmanship). Ce qui me porte et me motive le plus: que ce que je fais soit toujours à un standard que j’estime le plus haut possible, avec les connaissances que j’ai à ce moment dans ma vie.

 

La pluralité des discours que nous avons entendus m’a donné de l’espoir quant à nos propres parcours: ça démontre qu’il est possible de faire sa place dans le milieu, et ce, de plusieurs façons, dans différents « timelines ». Un parcours atypique est possible. Le chemin est certes sinueux, mais n’en tient qu’à soi afin que ce chemin existe, à continuer de mettre un pied devant l’autre et trouver des solutions au fur et à mesure que l’on avance.

 

Les rencontres de cet été ont été pour moi un encouragement à vivre une vie artistique imaginative et authentique, à trouver des stratégies afin de placer ses valeurs et son approche au centre de sa pratique artistique, et d’ensuite broder un tableau autour de ces piliers: de continuer d’être certes flexible et ouverte quant aux façons de vivre une vie en musique, aux contrats que l’on accepte (une balance saine entre approfondir des aptitudes d’or et déjà plus ou moins « acquises », et des défis qui nous « stretchent » comme artiste), mais pour certaines choses, être ferme et trouver un ancrage réel au cœur de l’approche que nous avons choisie.

 

Parlez-nous d’un fait marquant et/ou d’un concert qui vous a marqué lors de votre semaine au Festival de Lanaudière.

Grands ballets Canadiens

Je suis malheureusement restée au Festival seulement quelques jours (à cause d’un concert que je devais donner) alors je n’ai pas tout vu/écouté, mais je dois dire que le spectacle des Grands Ballets Canadiens était absolument spectaculaire. Je suis toujours inspirée lorsque je suis mise en contact avec d’autres formes d’art et d’expression. Le travail du corps en particulier est quelque chose qui me fascine beaucoup, il s’agit d’un art tellement organique – c’est pour moi l’expression de la musique incarnée.

 

La rencontre avec Ziya Tabassian a aussi été très inspirante. Son art respire la liberté, une liberté mêlée à une discipline de fer. C’est une combinaison à laquelle j’aspire et que je souhaite incarner tant par mon jeu que par les projets dans lesquels je décide de m’impliquer. Il m’a inspirée à créer, à oser plonger dans une pratique de la musique qui soit certes intuitive, mais qui plonge ses racines dans la connaissance et la compréhension de moult traditions millénaires. Un très grand arbre!

 

Les rencontres avec Xavier et Renaud ont aussi été vraiment inspirantes et concrètement aidantes. Ce sont deux acteurs du milieu culturel qui réellement permettent de « connect the dots », et d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion dans l’esprit de jeunes artistes.

 

Pourquoi recommanderiez-vous à de jeunes interprètes de participer à un programme de mentorat tel que celui du Festival de Lanaudière ?

C’est une excellente opportunité de prendre un moment afin de s’arrêter un peu et prendre le pouls de sa vie artistique: observer ce qu’on a accompli, voir le chemin devant soi, ce que nous souhaitons accomplir et quelles sont les prochaines étapes afin de se diriger concrètement dans la direction désirée. De nombreuses nouvelles idées peuvent aussi émerger des rencontres organisées par le Festival, de même que par le fait d’assister à autant de performances si variées, et toutes de très haut niveau.

 

Il s’agit d’une belle fenêtre pour se questionner sur soi-même et aussi être en lien avec d’autres jeunes artistes qui font face à des questionnements semblables. C’est aussi l’occasion de rencontrer de nombreux.ses artisan.e.s de l’avant et l’arrière-scène: d’avoir l’espace de leur demander des questions spécifiques quant à leur parcours est une belle opportunité d’en apprendre sur les rouages du métier, et aussi de calmer certains doutes et incertitudes quant à son propre chemin et ses propres choix.

 

À VENIR POUR ELISABETH PION

    • Elisabeth était de passage en décembre 2023 à Riga (Lettonie) pour une rencontre avec l’Association Garuta – en préparation aux représentations qu’elle y fera avec l’Orchestre Métropolitain du 19 au 21 janvier 2024 : INFOS ;
    • Elisabeth prépare un récital pour la Imogen Cooper Trust qui aura lieu le 06 mars 2024 ;
    • Son deuxième CD enregistré avec ATMA Classique sortira en juin 2024 et portera sur le 1er Concerto de Montgeroult et 24e de Mozart ;
    • Entre tous ses engagements, Elisabeth continue de composer et de se préparer pour diverses compétitions internationales : SITE WEB.

Le programme de mentorat du Festival de Lanaudière est rendu possible grâce à la générosité de la Fondation Père-Lindsay et du Fonds Jacques-Martin.

Les mentorés ont été hébergés à l’Appartement – coliving de Libre Entrepreneur.

Crédits-photos : Sue Parkhill et Agence BigJaw